Barère et l’Angleterre : la {{Guil|Lettre anglaise}} ← Version précédente Version du 3 novembre 2009 à 09:30 Ligne 122 : Ligne 122 : Pour le gouvernement anglais qui avait rejoint la coalition en même temps que l’((Espagne)), sans avoir l’air d’avoir voulu déclarer la guerre à la France, il fallait compter non seulement sur la cohésion et la force des puissances coalisées - pas un état d’((Europe)) ne devait manquer à l’appel, mais favoriser en France même une guerre civile qui affaiblirait le pays. Le projet a donc été, pour le gouvernement britannique, de favoriser, autant que faire se peut, toutes les entreprises à caractère {{Guil|contre-révolutionnaire}} qui permettraient de justifier une surenchère dans la répression laquelle appellerait de nouveaux soulèvements et toujours plus de sang. Ce {{Guil|programme de guerre}}, rarement cité, a pourtant été reconnu, validé et publié par la Convention, suite à la découverte inopinée, à ((Lille)), d’un document manuscrit en langue anglaise, de premier ordre, publié sous le titre la ''((Lettre anglaise))''. Il émanait d’une autorité politique supérieure, susceptible de coordonner diverses entreprises en divers lieux, et dont le but avoué était de créer des foyers de sédition ou de désorganisation un peu partout sur le territoire, des attentats contre les biens - fabriques de poudre ou autres - ou diverses actions de sabotage<ref>La précision des détails, les lieux désignés, la mention des {{Guil|collèges irlandais}}, l’énoncé en clair de certains noms comme William Herries, dit, à la française,''Hérrissé'' (d’autres sont cryptés comme K..., c’est à dire le banquier Guillaume Ker dont ((Albert Mathiez)) et de nombreux historiens après lui ont étudié le rôle dans les affaires de corruption parlementaire)ne laissent aucun doute, pour qui connaît l’organisation du contre-espionnage britannique en France en ((1793)) sur l’authenticité du document.</ref>. Il n’était pas prévu que cette lettre privée tombât par hasard entre les mains du gouvernement français. Prévenu, Barère s’en saisit le premier et se chargea de la présenter aux députés. Faute de pouvoir incriminer les ((Gironde (Révolution française)|Girondins)), il ne manqua pas d’attribuer ces projets aux royalistes vivant encore en France, coupables de tous les maux - par exemple au ((Jean-Pierre, baron de Batz|baron de Batz)), ancien député, ou au général ((Arthur Dillon)), alors en réserve de la République<ref>Dans une contrefaçon de l’édition de la ''((Lettre anglaise))'', on trouve ainsi inséré le nom reconnaissable de {{Guil|B.t.z}} qui ne se trouve pas dans la traduction originale.</ref> -, cherchant à justifier contre eux une surenchère dans la répression. Cette répression outrancière ne manqua pas de se produire avec la ((Terreur (Révolution française)|Terreur)) que Barère se chargea lui-même de mettre à l’ordre du jour le {{Date|5|septembre|1793}}. Il en donna une traduction législative immédiate avec la ((loi des suspects)) concoctée par lui sous le direction du grand juriste ((Philippe-Antoine Merlin de Douai|Merlin de Douai)). Pour le gouvernement anglais qui avait rejoint la coalition en même temps que l’((Espagne)), sans avoir l’air d’avoir voulu déclarer la guerre à la France, il fallait compter non seulement sur la cohésion et la force des puissances coalisées - pas un état d’((Europe)) ne devait manquer à l’appel, mais favoriser en France même une guerre civile qui affaiblirait le pays. Le projet a donc été, pour le gouvernement britannique, de favoriser, autant que faire se peut, toutes les entreprises à caractère {{Guil|contre-révolutionnaire}} qui permettraient de justifier une surenchère dans la répression laquelle appellerait de nouveaux soulèvements et toujours plus de sang. Ce {{Guil|programme de guerre}}, rarement cité, a pourtant été reconnu, validé et publié par la Convention, suite à la découverte inopinée, à ((Lille)), d’un document manuscrit en langue anglaise, de premier ordre, publié sous le titre la ''((Lettre anglaise))''. Il émanait d’une autorité politique supérieure, susceptible de coordonner diverses entreprises en divers lieux, et dont le but avoué était de créer des foyers de sédition ou de désorganisation un peu partout sur le territoire, des attentats contre les biens - fabriques de poudre ou autres - ou diverses actions de sabotage<ref>La précision des détails, les lieux désignés, la mention des {{Guil|collèges irlandais}}, l’énoncé en clair de certains noms comme William Herries, dit, à la française,''Hérrissé'' (d’autres sont cryptés comme K..., c’est à dire le banquier Guillaume Ker dont ((Albert Mathiez)) et de nombreux historiens après lui ont étudié le rôle dans les affaires de corruption parlementaire)ne laissent aucun doute, pour qui connaît l’organisation du contre-espionnage britannique en France en ((1793)) sur l’authenticité du document.</ref>. Il n’était pas prévu que cette lettre privée tombât par hasard entre les mains du gouvernement français. Prévenu, Barère s’en saisit le premier et se chargea de la présenter aux députés. Faute de pouvoir incriminer les ((Gironde (Révolution française)|Girondins)), il ne manqua pas d’attribuer ces projets aux royalistes vivant encore en France, coupables de tous les maux - par exemple au ((Jean-Pierre, baron de Batz|baron de Batz)), ancien député, ou au général ((Arthur Dillon)), alors en réserve de la République<ref>Dans une contrefaçon de l’édition de la ''((Lettre anglaise))'', on trouve ainsi inséré le nom reconnaissable de {{Guil|B.t.z}} qui ne se trouve pas dans la traduction originale.</ref> -, cherchant à justifier contre eux une surenchère dans la répression. Cette répression outrancière ne manqua pas de se produire avec la ((Terreur (Révolution française)|Terreur)) que Barère se chargea lui-même de mettre à l’ordre du jour le {{Date|5|septembre|1793}}. Il en donna une traduction législative immédiate avec la ((loi des suspects)) concoctée par lui sous le direction du grand juriste ((Philippe-Antoine Merlin de Douai|Merlin de Douai)). - Or, beaucoup de royalistes s’étaient détournés de l’Angleterre, surtout depuis la prise de ((Toulon)), car le gouvernement britannique, par la voix de ses commissaires à Toulon, avait clairement laissé entendre que le rétablissement des ((Bourbons (dynastie française)|Bourbons)) ne pourrait se faire que sous condition (amputation d’une partie du territoire)<ref>L’Alien bill de 1793 devait, en outre, provoquer l’expulsion de nombreux ((émigrés)) français réfugiés à ((Londres)), dont ((Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord|Talleyrand)) qui partit aux ((États-Unis)).</ref>. Ces subtilités n’étaient pas à l’ordre du jour, et la répression contre les royalistes de ((Soulèvement de Lyon contre la Convention nationale|Lyon)), de ((Guerre de Vendée|Vendée)) ou d’ailleurs promettait d’être impitoyable, au-delà du nécessaire ainsi que l’ont admit les esprits raisonnables, comme le général Gourgaud et beaucoup d’autres contemporains. Certains positionnements de Barère qui n’étaient pas d’une grande lisibilité sur le moment, et d’autres décisions ou commentaires étranges<ref>Relevées pour certaines dans ''((le Vieux Cordelier))'' de ((Camille Desmoulins)) sur la responsabilité de l’incendie de la flotte à ((Toulon)) qu’il attribuait aux Espagnols et aux Napolitains mais non aux Anglais.</ref>, qui apparaissent en grande contradiction avec ses déclamations sur Pitt et l’Angleterre, ont permis plus tard à ((Laurent Lecointre)), ((Jean-Baptiste Michel Saladin|Saladin)) et autres députés de l’accuser, avec vraisemblance, d’avoir favorisé en tout point la politique du cabinet britannique. + Or, beaucoup de royalistes s’étaient détournés de l’Angleterre, surtout depuis la prise de ((Toulon)), car le gouvernement britannique, par la voix de ses commissaires à Toulon, avait clairement laissé entendre que le rétablissement des ((Bourbons (dynastie française)|Bourbons)) ne pourrait se faire que sous condition (amputation d’une partie du territoire)<ref>L’Alien bill de 1793 devait, en outre, provoquer l’expulsion de nombreux ((émigrés)) français réfugiés à ((Londres)), dont ((Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord|Talleyrand)) qui partit aux ((États-Unis)).</ref>. Ces subtilités n’étaient pas à l’ordre du jour, et la répression contre les royalistes de ((Soulèvement de Lyon contre la Convention nationale|Lyon)), de ((Guerre de Vendée|Vendée)) ou d’ailleurs promettait d’être impitoyable, au-delà du nécessaire ainsi que l’ont admis les esprits raisonnables, comme le général Gourgaud et beaucoup d’autres contemporains. Certains positionnements de Barère qui n’étaient pas d’une grande lisibilité sur le moment, et d’autres décisions ou commentaires étranges<ref>Relevées pour certaines dans ''((le Vieux Cordelier))'' de ((Camille Desmoulins)) sur la responsabilité de l’incendie de la flotte à ((Toulon)) qu’il attribuait aux Espagnols et aux Napolitains mais non aux Anglais.</ref>, qui apparaissent en grande contradiction avec ses déclamations sur Pitt et l’Angleterre, ont permis plus tard à ((Laurent Lecointre)), ((Jean-Baptiste Michel Saladin|Saladin)) et autres députés de l’accuser, avec vraisemblance, d’avoir favorisé en tout point la politique du cabinet britannique. == Barère et les représentants en mission == == Barère et les représentants en mission ==
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